Ron Prosor: La situation au Proche-Orient et la question palestinienne

Allocution de l’Ambassadeur Ron Prosor  devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, New York, le 26 juillet 2011.

Merci  Monsieur le Président. Je tenais également à vous remercier pour votre efficace intendance du Conseil de Sécurité ce mois-ci. Je voudrais en premier lieu offrir les condoléances de mon Gouvernement au peuple et au gouvernement de Norvège suite aux atroces attaques d’Oslo et d’Utoya. Les victimes de cette tragédie sont présents dans nos pensées et nos prières.

Je prends la parole devant ce Conseil aujourd’hui en ma qualité de fier représentant de l’Etat Juif et du peuple Juif- un peuple dont le lien qui l’unit au Pays d’Israël et à sa capitale éternelle, Jérusalem, remonte à près de trois mille ans. C’est le lieu d’où tout a commencé et d’où nous avons amorcé notre renaissance, réalisant ainsi les rêves de nos aïeux d’être un peuple libre sur notre terre.

Ron Prosor s'adressant au Conseil de Sécurité (photo: Shahar Azran)

Notre Nation recherche une paix durable, dans le cadre de laquelle les Palestiniens auront leur propre Etat, au côté- et non à la place de- l’Etat Juif d’Israël.

Ce matin, je voudrais vous faire partager quelques observations à propos du Processus de Paix au Proche-Orient – qui se tient, à vrai dire à nouveau, à une délicate croisée des chemins.

Tout d’abord, permettez-moi d’affirmer clairement la chose suivante : les actions unilatérales n’apporteront pas la paix dans notre région. A l’image d’une fausse idole, les initiatives palestiniennes aux Nations Unies peuvent sembler superficiellement attirantes à certains. Pourtant, elles nous détournent du vrai chemin de la paix.

Winston Churchill disait que c’est dans l’histoire que résident tous les secrets de l’art de gouverner. Sur cette question, les leçons de l’histoire ne nous disent qu’une seule chose : la paix ne peut être réalisée qu’à travers des négociations bilatérales qui incluent les préoccupations des deux parties.

Cette voie fut celle du Président Sadat et du Premier Ministre Begin, ainsi que celle du Premier Ministre Rabin et du Roi Hussein. Cette voie a servi de cadre de référence pour les négociations entre Israël et les Palestiniens durant les deux dernières décennies.

Pas plus tard que ce mois-ci, il nous a été rappelé que ce sont les négociations qui tracent le chemin vers la souveraineté, lorsque le Sud Soudan a proclamé son indépendance et qu’il fut accepté comme le 193ème Etat des Nations Unies. Cela a marqué un nouveau chapitre dans un long et difficile voyage. A la fois le Sud et le Nord Soudan ont fait état de sérieuses frustrations. Des problèmes majeurs sont survenus. Pourtant, les parties n’ont pas recherché des expédients rapides ou des solutions instantanées. Ils se sont assis à une même table- même si la chose ne fut pas aisée- et ont commencé à négocier, pour finir par arriver à un accord. C’est la raison pour laquelle le Sud Soudan a été accepté avec un si large consensus dans la communauté internationale.

Ce n’est pas une coïncidence si nous n’entendons pas le même retentissant enthousiasme pour la marche des Palestiniens vers l’unilatéralisme aux Nations Unies. Au contraire, beaucoup dans la communauté internationale s’efforcent d’empêcher cette action.

Beaucoup ont reconnu le fait que le projet palestinien de créer un Etat en contournant les négociations, équivaut à poser la cheminée d’une maison avant l’établissement de ses fondations. Ils voient clairement qu’un accroissement mutuel de la méfiance et une déception des attentes pourraient mener à la violence.

Il est évident que certains leaders palestiniens sont aussi conscients de cela. Le Premier Ministre Fayyad a clairement exprimé son désaccord envers une telle déclaration d’indépendance. La semaine dernière, seulement, un membre du Conseil Central de l’Organisation de Libération de la Palestine et ancien Ministre de l’AP, à appelé l’AP à reporter son annonce de souveraineté.

Les Palestiniens tels que MM. Fayyad et Amr ne font que considérer avec pragmatisme la réalité qui se présente devant nous. Comme beaucoup d’autres, ils reconnaissent qu’après le mois de septembre viendront ceux d’octobre, de novembre et de décembre. Ils savent bien que cette déclaration se fera en violation des accords bilatéraux qui sont la base de la coopération israélo-palestinienne – et qu’elle va créer des attentes qui ne pourront pas être remplies.

Le temps est venu maintenant pour la communauté internationale de dire au leadership palestinien ce qu’il refuse de dire à son peuple : il n’existe pas de raccourcis vers la souveraineté. Vous ne pouvez pas contourner la seule voie vers la paix. Les Palestiniens devront faire des compromis et des choix difficiles. Ils devront sauter du train de l’unilatéralisme- et retourner au dur labeur de la recherche de la paix par des négociations directes.

Monsieur le Président,

Certains essayent de former un cadre de travail pour relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. Ces efforts se doivent d’être consistants, en prenant en considération les intérêts vitaux des deux parties.

Certains de ceux qui parlent le plus fort et le plus distinctement pour défendre les intérêts des Palestiniens semblent soudainement perdre la voix, hésiter et parfois même bafouiller lorsqu’il s’agit de discuter des intérêts vitaux d’Israël- sa reconnaissance en tant qu’Etat juif et son droit à vivre à l’intérieur de frontières sûres et solides.

Ces deux éléments- la sécurité et la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif- sont absolument essentiels pour assurer le futur de l’Etat d’Israël.

En ce qui concerne nos problèmes de sécurité, je voudrais rappeler à ce Conseil que le Hamas et le Hezbollah ont tiré 12.000 roquettes sur Israël depuis que nous nous sommes retirés de Gaza et du sud Liban.

Il n’est pas besoin d’être un spécialiste des roquettes pour comprendre que si celles-ci tombent sur vos villes, vos écoles et vos citoyens, votre gouvernement possède un droit à se défendre.

Nos civils sont confrontés à cette réalité de façon quotidienne. Aucun lieu en Israël n’est à l’abri. Rien que cette année, des roquettes ont été tirées contre des habitations, des synagogues, des jardins d’enfants- et même sur un bus scolaire d’un jaune caractéristique, tuant un garçon de 16 ans.

Sans arrangements clairs sur la sécurité, nous ne pouvons pas avoir de garantie que des flots de terroristes, d’armes et de munitions ne vont pas aboutir en Cisjordanie dans le cadre d’un futur Etat palestinien, étant donné que toutes ces choses sont en ce moment-même en train d’être acheminées clandestinement dans la Bande de Gaza.

Il n’est pas besoin de regarder trop loin pour reconnaître les défis de sécurité existentiels auxquels Israël est confronté. Il suffit juste de souligner que l’unique aéroport international d’Israël- qui porte le nom de Ben Gourion, l’un de nos pères fondateurs- ne se situe qu’à quelques kilomètres de la Cisjordanie. C’est une distance moindre de celle qui sépare l’endroit où nous sommes assis maintenant des aéroports de JFK ou de Newark. Et cet aéroport pourrait être la cible de constants tirs de roquettes. L’on peut seulement imaginer la réaction qui se produirait si d’autres aéroports étaient placés sous une menace similaire.

Une paix durable ne peut que se faire sur la base d’un Etat palestinien démilitarisé et misant sur une éducation qui promeuve la paix plutôt que la haine, la tolérance plutôt que la violence et la compréhension mutuelle plutôt que le culte des martyrs.

Monsieur le Président,

Sur le thème de l’Etat juif, nous devons aussi nous exprimer en toute clarté. Afin qu’une paix durable puisse voir le jour, la reconnaissance par Israël d’un futur Etat palestinien doit correspondre à une acceptation similaire du fait qu’Israël est un Etat juif.

Le Premier Ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, a répété ouvertement et de façon répétée qu’il acceptera un Etat palestinien, à côté d’un Etat juif. Cependant, le leadership palestinien n’a pas entrepris la même démarche de son côté. Ils n’envisagent pas de dire à leur propre peuple qu’ils acceptent un Etat juif. Sans une telle acceptation, il restera toujours incertain si la quête des Palestiniens pour la souveraineté fait partie d’un effort pour mettre fin au conflit avec Israël, ou si c’est un prétexte pour le perpétuer.

Monsieur le Président,

Les dirigeants palestiniens affirment qu’ils seront prêts à assumer la charge d’un Etat en septembre 2011, agitant cette sorte de date magique devant la communauté internationale.

Nous reconnaissons pleinement les progrès accomplis par l’Autorité Palestinienne au cours des deux dernières années avec l’assistance et la coopération d’Israël et de la communauté internationale. L’économie de la Cisjordanie apparaît comme une brillante exception au sein d’un environnement de récession mondiale, affichant une croissance de 10 pourcent en 2010. Pourtant, il est clair que beaucoup doit encore être fait pour créer un Etat réellement opérationnel qui vivra en paix avec ses voisins.

Même la condition la plus fondamentale pour l’accession à la souveraineté n’est pas présente. L’Autorité Palestinienne n’exerce pas un contrôle effectif de tout son territoire et ne détient pas non-plus le monopole du recours à la force. L’organisation terroriste du Hamas contrôle de facto la Bande de Gaza.

Laissez-moi maintenant me tourner vers mon collègue palestinien pour lui poser une simple question.

Observateur Permanent Mansour : Au nom de qui présenterez-vous une résolution en septembre ? Au nom de M. Abbas ou de celui du Hamas ? Sera-ce à la fois au nom de l’Autorité Palestinienne et de l’organisation terroriste du Hamas, qui présente une charte appelant à la destruction d’Israël et au meurtre des Juifs ?

Sera-ce au nom d’Akram Haniyeh- le porte-parole de l’AP- ou d’Ismail Haniyeh- le Premier Ministre du Hamas à Gaza qui a récemment déclaré (citation) : « Quand je parle de la ‘terre de Palestine’, je ne parle pas [seulement] de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et de Jérusalem…je parle d’une Palestine allant de la mer [Méditerranée] au fleuve [Jourdain], et de Rosh Hanikrah à Rafah. »

M. Mansour : sur ces questions, Israël et la communauté internationale doivent avoir des certitudes.

Que les Palestiniens choisissent de porter devant l’Assemblée Générale une résolution ou qu’ils invoquent la résolution « Uniting for Peace », il est de toute façon clair que les Palestiniens ne sont pas unis et sont loin d’être unis pour la paix.

Il y a beaucoup d’incertitude concernant le futur gouvernement palestinien : son acceptation des conditions du Quartette, le processus de paix, le contrôle de ses forces de sécurité et beaucoup d’autres points problématiques. Avant les élections palestiniennes de l’année prochaine, il sera impossible de répondre à la question de ce que signifie réellement l’unité palestinienne.

Pour Israël, cette soi-disant unité a eu pour unique effet de prolonger l’impunité des terroristes qui tirent des roquettes sur nos villes.

Monsieur le Président,

Le débat d’aujourd’hui est intitulé « la Situation au Proche-Orient ». Les troubles qui balaient actuellement notre région- du Golfe Persique à la Méditerranée- ont démontré que le Proche-Orient est confronté à de nombreux défis- dont la plupart ne concernent pas le conflit israélo-palestinien.

En particulier, la communauté internationale ne peut pas se permettre de voir la question de l’Iran disparaître des écrans radar. L’Iran reste le centre névralgique du terrorisme dans notre région. Ce pays transfert des armes au Hamas, au Hezbollah et à d’autres groupes terroristes en violation continuelle des nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité en ce sens.

L’Iran continue à promouvoir l’instabilité au Proche-Orient – de la Syrie à Bahreïn en passant par le Maroc. Le rapport d’un groupe d’experts publié le mois dernier a confirmé le fait que l’Iran continue de chercher à acquérir une capacité nucléaire, au mépris total de la volonté de la communauté internationale. De nouvelles informations montrent les intentions de l’Iran d’installer des centrifugeuses à uranium dans son complexe de Qom- un complexe qui a été dissimulé aux yeux de l’AIEA pendant des années. Un tel comportement ne met pas en danger uniquement le Proche-Orient, ou un groupe de pays particuliers. Cela nous met tous en danger.

Monsieur le Président,

Nous ne pouvons pas sous-estimer le danger des missiles à longue-portée et celui des esprits à courte-portée. La communauté internationale ne peut pas rester à ne rien faire alors que le régime des Ayatollahs tente de réaliser l’assemblage d’un dangereux mélange d’idéologie extrémiste, de technologie balistique et de radiologie nucléaire.

Monsieur le Président,

Je voudrais rappeler à ce Conseil que Gilad Shalit, un soldat israélien kidnappé, a été détenu en captivité pendant plus de cinq ans sans recevoir une seule visite de la Croix Rouge. Israël attend de la communauté internationale qu’elle fasse tout ce qui est en son pouvoir- et plus que ce qui a été fait jusqu’à maintenant- pour qu’il soit libéré le plus rapidement possible.

Monsieur le Président,

Israël est heureux de pouvoir compter de nombreux amis dans le monde entier. Comme on le dit souvent, les vrais amis ne se gardent jamais de vous dire ce qu’ils pensent.

Aujourd’hui, je lance un appel aux vrais amis des Palestiniens- à ceux qui veulent les voir accéder à leurs aspirations nationales.

Alors qu’ils descendent le chemin de l’unilatéralisme, les vrais amis des Palestiniens leur diront les vérités les plus crues : que les négociations directes ne peuvent pas être contournées, que la paix ne peut pas être imposée de l’extérieur.

Aux Palestiniens, je lance aussi un appel. Saisissez la main tendue par Israël. Saisissez les opportunités qui nous sont offertes d’avancer sur la vraie voie de la paix- une voie de solutions et pas de résolutions, de dialogue et pas de monologue, de négociations directes et pas de déclarations unilatérales.

Merci, merci beaucoup, Monsieur le Président

(Traduction: Ambassade d’Israël à Berne)

Texte original



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