Se souvenir du “Farhud”

Par Zvi Gabay

Jerusalem Post

Le fait que de plus en plus d’Arabes reconnaissent qu’ils ne sont pas les seules victimes du conflit au Moyen-Orient, permet d’établir un dialogue israélo-arabe sur des bases plus honnêtes.

Photo by: WikiCommons

Le premier juin 2011, les Juifs irakiens ont commémoré le 70ème anniversaire du Farhud, des émeutes anti-juives qui éclatèrent pendant les fêtes de Shavuot en 1941. Au cours de ces émeutes rappelant la Nuit de Cristal en Allemagne, au moins 137 Juifs – hommes, femmes et enfants- furent massacrés, des centaines blessés et de nombreux biens juifs furent pillés. La mémoire de ces émeutes est toujours vivace dans l’esprit des Juifs irakiens.

Les attaques débutèrent sans aucune provocation. Les Juifs, qui avaient vécu dans les pays arabes depuis des milliers d’années, ne déclarèrent aucunement la guerre à leurs pays hôtes. Contrairement aux Arabes de la Palestine Mandataire qui attaquèrent les localités juives et plus tard l’Etat juif naissant, eux  ne combattirent jamais contre les habitants de ces pays.

Le monde a beaucoup entendu parler de l’injustice qui a frappé les Palestiniens, connue sous le nom de code « Nakba », mais ne sait pratiquement rien des crimes commis contre les Juifs dans les pays arabes. Ce qui s’est produit dans ces pays n’était rien d’autre que du nettoyage ethnique.

Alors que la Nakba est marquée chaque année par des manifestations et est gratifiée d’une large couverture médiatique, la « nakba juive » ne fait pas l’objet d’une grande attention. Ceci malgré le fait que les conséquences humaines et physiques du désastre ont été plus importantes. Le nombre de Juifs qui furent chassés de force de leurs maisons sans rien emporter que les habits qu’ils portaient était de 856’000, alors que les Arabes qui ont quitté la Palestine Mandataire étaient au nombre de 650’000. L’ONU, dans sa résolution 302 adoptée en 1949, a créé l’UNRWA, une agence chargée uniquement des questions de soutien et d’éducation des réfugiés palestiniens, et nullement de leur réhabilitation. Cette politique n’a pas diminué le nombre des réfugiés palestiniens qui a atteint maintenant les 4,8 millions (incluant deux millions qui sont devenus citoyens jordaniens).

Israël, pour des raisons qui restent peu claires, n’a pas favorisé la question de la tragédie des Juifs des pays arabes dans ses agendas publics et politiques.

C’est seulement le 22 février 2010 que le sujet a été placé sur l’agenda israélien dans le cadre de l’entrée en vigueur de la « Loi pour la Préservation des Droits de Compensation des Réfugiés Juifs des pays arabes et d’Iran ». Ce texte stipule que toute négociation visant à la conclusion d’un accord de paix au Moyen-Orient doit inclure le principe d’une compensation pour les Juifs en question.

Les attaques contre les Juifs des pays arabes se sont produites même avant la création de l’Etat d’Israël. En Irak, cela a commencé avec des discriminations dans les secteurs de l’économie, de l’éducation et de la vie publique.

Ensuite, le nationalisme arabe a déclenché le phénomène des émeutes anti-juives, qui ont culminé lors du Farhud de 1941. Des tragédies semblables ont touché les Juifs de Libye et d’Aden. Lors d’une vague de pogroms en Libye en novembre 1945, 133 Juifs furent tués et 400 blessés. Des synagogues, des boutiques et des habitations furent pillées et détruites. A Aden, malgré que la ville ait été sous domination britannique, 100 Juifs furent massacrés en novembre 1947 et de nombreux autres blessés; des centaines d’habitations furent détruites.

Des pogroms similaires se produisirent en Egypte, en Syrie et dans les autres pays arabes, jusqu’à ce qu’ils accèdent à l’indépendance au cours du 20ème siècle.

La combinaison du nationalisme sunnite xénophobe- intolérant envers toutes les autres formes d’appartenance, notamment les Shiites, les Chrétiens et les Kurdes- et de l’antisémitisme, a produit une puissante forme de haine des Juifs. Cette haine était encouragée par les Nazis, tels que l’envoyé allemand à Bagdad, le Dr Fritz Grobba, et par des leaders pseudo-religieux tels que Haj Amin al-Husseini (qui, après avoir fui la Palestine Mandataire, trouva en Irak en lieu privilégié pour ses activités anti-juives). Il ne fut laissé aux Juifs aucun autre choix que de s’enfuir de ces pays arabes dont ils avaient participé à la fondation et au développement vers la modernité avec leurs contributions au gouvernement, à l’économie, à la médecine, à l’éducation, à la littérature, à la poésie et à la musique.

Le climat anti-juif menaçant qui régnait dans tous les pays arabes était accompagné de déclarations anti-juives enflammées, même depuis la tribune des Nations Unies.

Eliyahu Nawi, un commentateur de la station de radio d’Israël en langue arabe, a attesté du fait que suite à la Résolution de Partage de 1947, les stations de radio arabes diffusaient constamment la chanson « Halu a-Saif Ygul »- « Laissez l’épée parler…pour trancher les cousins [les Juifs] ».

Le harcèlement de la part du gouvernement et les attaques de la part de la population amena les Juifs du monde arabe à émigrer en masse, (principalement en Israël, où ils pouvaient recevoir la citoyenneté et facilement s’intégrer dans la société). En Egypte, une expulsion de masse se produisit en plein milieu de la nuit. Les Juifs furent forcés d’abandonner leur propriété communale et personnelle- y compris des écoles, d’anciennes synagogues et cimetières, les tombes des prophètes et des hôpitaux. Les autorités arabes confisquèrent ces biens et les utilisèrent pour leurs propres besoins.

Il y eut certainement des Musulmans dans les pays arabes qui ne soutinrent pas ces attaques, mais leurs voix n’étaient pas entendues. Les Juifs étaient les boucs-émissaires dans les querelles de pouvoir intestines entre les Sunnites et les Shiites, de même qu’aujourd’hui Israël est au centre de la lutte entre l’Iran shiite et les Etats sunnites, avec la Turquie en première ligne.

Au cours de ces dernières années, on peut discerner un processus de prise de conscience dans le monde arabe, particulièrement chez les intellectuels, qui reconnaissent que ce ne sont pas seulement les Arabes palestiniens qui ont enduré une nakba et que les Juifs du monde arabe ont du faire face à leur propre catastrophe.

Les dirigeant arabes- palestiniens et autres- devraient donc cesser de crier sur les toits leur slogan du « droit au retour » et de tromper ainsi leur peuple, parce qu’il est impossible de revenir dans le passé.

Alors que de plus en plus d’Arabes reconnaissent qu’ils ne sont pas les seules victimes du conflit au Moyen-Orient, le dialogue avec Israël peut prendre place sur une base de justice plus authentique.

En Israël, une cérémonie de commémoration se tiendra le 6 juin au Babylonian Jewish Center à Or Yehuda.

L’auteur de ce texte est un ancien ambassadeur et vice directeur général du Ministère des Affaires Etrangères.

(Traduction: Ambassade d’Israël à Berne)



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