Les médias britanniques peuvent-ils comprendre les nuances?

Par Yair Lapid

18 février 2011

Messieurs (et Mesdames) de la presse britannique, puis-je vous proposer un marché ? L’offre dure jusqu’à la clôture de cet article […]

Le marché (vous savez ce qui se dit sur nous, les Juifs, nous aimons les marchés) est le suivant : vous pouvez conserver l’opinion que vous avez déjà, quelle qu’elle puisse être, sur le conflit israélo-palestinien- ce qui, d’un point de vue strictement statistique, ne peut que me mettre dans une position inconfortable puisque, en tant que journaliste britannique, vous êtes probablement pro-palestinien.

En retour, je vous demande de concéder que, même depuis où vous êtes assis, la situation ici au Proche-Orient est compliquée.

Après tout, c’est un conflit qui a des implications profondes, pas seulement pour ce petit territoire mais de manière plus générale pour la démocratie, les relations internationales, la lutte contre le terrorisme international, le pétrole et l’économie mondiale, l’avenir de l’Iran, la liberté religieuse, etc. En fait, il a des implications profondes pour beaucoup des problèmes sensibles que le monde affronte au sens large.

Notre problème, en tant que journalistes, c’est que nous n’aimons pas les affaires compliquées, n’est-ce-pas ? Allons, nous sommes entre nous ici, acteurs de la scène médiatique! Alors voyons les choses en face, le journalisme moderne regarde la complexité de la façon dont les lions regardaient Daniel : un seul coup d’œil et ils ont vu qu’il n’était pas digestible. Nous connaissons tous les règles. Non seulement l’histoire doit être courte (49 secondes on-air ou 450 mots sur la page Opinion). Le texte doit aussi être conforme aux règles de base de la dramaturgie : le bien contre le mal, le vrai contre le faux, les puissants méchants persécutant les victimes. Et Robin des Bois ne peut censément pas être le méchant. Dans toutes les bonnes histoires, le message est simple.

Et, bien sûr, n’importe quelle image raconte une histoire (simple). Un enfant abandonné couvert de sang, un soldat tenant une mitraillette. Même les légendes ne sont inutiles.

Avec des messages aussi clairs, les solutions apparaissent, elles aussi,  limpides. Dans le contexte du Proche-Orient, la réponse simple est celle-ci : « Démantelez les implantations, donnez aux Palestiniens leur Etat et tout sera super chouette. »

Il se trouve que je souscris à cette opinion que les implantations devraient être démantelées. C’est d’ailleurs ce que pensent aussi une majorité des Israéliens. Cela devient de plus en plus évident, sondage après sondage. Peut-être est-il bon de vous rappeler qu’Israël a déjà accepté (à deux reprises !) d’accorder aux Palestiniens 97% des territoires occupés, et qu’ils ont refusé. Je ne comprends pas pourquoi, mais ils l’ont fait. Donc, si c’était si simple, tout aurait été réglé il y a déjà longtemps.

Si en ce moment, vous avez encore de la peine à vous en tenir à notre marché et à admettre que la situation est complexe, laissez-moi alors céder à une de ces généralisations simplistes. Une qui est cette fois politiquement incorrecte : les Juifs sont très intelligents. Bien, alors si c’est le cas, le peuple qui a donné au monde Jésus de Nazareth, Freud, Kafka et Einstein, pour ne pas mentionner Google, Facebook et un nombre disproportionné de Prix Nobels, auraient déjà certainement été en mesure de mettre un terme à ce tragique foutoir depuis un bon moment.

Mais les généralisations sont paresseuses et condescendantes. N’auriez-vous pas trouvé un peu irritant que la presse israélienne vous rabâche constamment les oreilles en disant : « Oh, pour l’amour de Dieu, pourquoi ne pas donner aux Nationalistes/Catholiques nord-irlandais ce qu’ils veulent et en finir avec tout ça ? »

Oui, je sais, ce n’est pas si simple.

Les vrais conflits historiques, ethniques et nationaux ne sont pas des contes de fées. Parfois, le « puissant » est une démocratie isolée, avec toutes ses erreurs mais se battant tout de même pour le maintien des valeurs humaines. Parfois aussi, la « victime » apparaît sous la forme du Hamas, un mouvement fondamentaliste islamique qui opprime les femmes, pend les homosexuels et a déclaré le Djihad contre tous les Juifs, les accusant de tous les maux du monde, y compris l’Holocauste et le 11 septembre.

Si, comme moi, vous vous êtes plaint de la force excessive utilisée par l’Armée Israélienne, considérez juste une seconde ce qui se passerait si on laissait le Hamas disposer de nos forces armées juste pour 48 heures ? Si vous ne trouvez pas tout de suite la réponse, je vous donne des indices : du Darfour aux tours jumelles, de l’Afghanistan au métro de Londres.

La solution à deux-Etats est et a été depuis un certain temps maintenant, la politique déclarée des gouvernements israéliens successifs. Mais des questions demeurent. A qui allons-nous effectivement accorder l’Etat palestinien ? Comment pouvons-nous nous protéger du terrorisme ? Qu’est-ce qui va empêcher le nouvel Etat de devenir un autre bras armé de l’Iran sur notre frontière Est, parallèlement au Hezbollah au nord et au Hamas au sud ?

Toutes ces questions sont graves. Les résoudre requiert de la prise de risque, des prises de décision prudentes et douloureuses, un équilibrage délicat, de la patience et de la sagesse dans les deux camps. Pour moi, ce n’est pas une affaire de petites-phrases ou de jeux intellectuels. Pour moi, c’est ma vie, et c’est sacrément compliqué.

Alors, voilà le marché. Simple n’est-ce pas ?

Source: JC.com

Traduction: Ambassade d’Israël à Berne



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