Israël peut-il être à la fois un Etat juif et démocratique?

Par Douglas J. Feith

Wall Street Journal, le 25 octobre 2010

De nombreuses nations ont des lois et des pratiques qui se reconnaissent de l’histoire, de la langue ou de la religion du groupe de population majoritaire tout en protégeant les droits de leurs minorités.

Le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a récemment fait la demande aux négociateurs de paix palestiniens de reconnaître Israël en tant qu’Etat juif. Certaines critiques ont accusé cette démarche de cynisme, parce que les dirigeants palestiniens ne sont pas enclins à offrir une telle reconnaissance. D’autres s’opposent à cette demande pour une raison plus fondamentale : ils affirment qu’elle est antidémocratique.

Ces personnes expliquent qu’Israël, en s’identifiant à un Etat juif et en utilisant des emblèmes religieux traditionnels comme symboles nationaux officiels- par exemple l’étoile de David sur le drapeau national- fait affront à ses citoyens non-juifs.

Dans le même ordre d’idées, divers intellectuels israéliens ont proposé d’abandonner le « Hatikvah » (espoir) en tant qu’hymne national du pays, sous prétexte que cela fait référence au désir millénaire de l’âme juive de retourner à Sion. Quelques autres ont demandé l’abolition de l’ancienne loi du retour vers Israël qui donne aux Juifs de n’importe quel pays le droit d’immigrer et de devenir citoyen.

Certains Arabes israéliens ont émis l’idée qu’Israël devrait devenir un Etat qui ne s’identifie avec aucun groupe ethnique ou religieux en particulier, entendu : un Etat pour tous ses citoyens individuels. La plupart des Israéliens voient généralement d’un mauvais œil ce genre d’idéaux libéraux, principalement parce qu’ils ne correspondent à aucune des pratiques politiques qui ont cours dans les autres pays du Moyen-Orient. C’est ainsi qu’Azmi Bishara le plus chaud partisan arabe israélien de « l’Etat pour tous les citoyens » et ancien membre du parlement, a scandalisé de nombreux Israéliens en soutenant le Hezbollah contre Israël lors de la guerre du Liban de 2006.

La loi israélienne respecte le droit de vote, le droit de propriété, de religions et les autres droits de ses citoyens arabes (pour la plupart musulmans) qui constituent 20% de sa population. Néanmoins, le conflit en cours a créé beaucoup d’amertume dans les relations entre beaucoup d’entre eux et leurs compatriotes juifs. De nombreux Juifs israéliens éprouvent du ressentiment pour ce qu’ils considèrent comme de la déloyauté de la part des Israéliens arabes. D’autre part, de nombreux arabes israéliens éprouvent du ressentiment envers leur statut qu’ils considèrent comme étant de seconde-classe.

Mais la question plus large de l’identité d’Israël en tant qu’Etat juif n’est pas liée aux particularités du statut actuel des ses citoyens arabes. La question est plutôt de savoir s’il y a nécessairement violation des principes démocratiques lorsqu’Israël affirme une autorité juive basée sur l’héritage religieux ou ethnique de son groupe de population majoritaire. Cette thématique devrait intéresser quiconque est engagé dans une réflexion sérieuse sur la notion de self-government.

Israël n’est nullement unique parmi les démocraties par le fait de se considérer comme la concrétisation de l’existence nationale d’un peuple spécifique. En fait, la plupart des démocraties se considèrent de la sorte. La plupart des démocraties ont des lois et des pratiques qui se reconnaissent de l’histoire, de la langue, de la culture, de la religion et des symboles collectifs d’un peuple particulier, même si ce peuple cohabite avec d’autres groupes minoritaires.

Les Etats-Unis sont un exemple inhabituel en la matière. Ce pays compte en effet parmi les démocraties les plus libérales, dans le sens où elle proclame le principe selon lequel les lois, en général, doivent ignorer les identités communautaires (ethniques, religieuses ou régionales) et traiter leurs citoyens en tant qu’individus ayant des droits égaux.

Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – qui sont également des pays nouvellement colonisés- sont à compter parmi les autres pays de cette frange extrêmement libérale de l’éventail des démocraties.

Les démocraties d’Europe et de l’Extrême-Orient, ainsi que celles des anciennes républiques de l’Union Soviétique, elles, tendent à se placer dans la frange ethnique de l’éventail. De nombreuses institutions et lois dans ces nations privilégient un groupe ethnique principal mais sont néanmoins acceptées comme compatibles avec les principes démocratiques. Des croix chrétiennes ornent les drapeaux de la Suisse, de la Suède, de la Grèce et de la Finlande, si l’on veut citer des démocraties modèles, et l’étendard du Royaume Uni s’enorgueillit de deux types de croix.

Plusieurs de ces démocraties ont des monarques- et au Royaume Uni, en Norvège et au Danemark, les monarques sont les chefs des Eglises nationales. Il est fort connu que la France protège l’intégrité et les intérêts des locuteurs du français, comme le font les forces pro-françaises au Canada.

L’Irlande possède une loi qui autorise les requérants ayant « une descendance ou des affinités irlandaises » à être exempté des procédures ordinaires de naturalisation. La Pologne, la Croatie et le Japon ont de similaires lois de retour qui favorisent les membres de leurs majorités ethniques respectives. Bien d’autres exemples existent encore.

Israël a été fondé en tant que foyer national pour les Juifs, considérés comme une nationalité et non comme un groupe religieux. Après que les forces Alliées ont conquis la Palestine des Ottomans pendant la Première Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et les autres grandes puissances de l’époque ont toutes soutenu l’idée que le peuple juif, longtemps honteusement abusé en tant qu’ensemble d’exilés de la Diaspora, devrait se voir offrir l’opportunité de reconstituer un Etat à majorité juive dans leur ancienne patrie de Palestine.

Ces puissances avaient compté sur le fait que les Arabes, dont les leaders nationalistes à travers le Moyen-Orient insistaient sur le fait qu’ils étaient un seul peuple indivisible, allaient exercer leur autodétermination à terme sur la Syrie, le Liban, la Mésopotamie (l’actuel Irak), l’Arabie et autres. La Grande-Bretagne décida assez rapidement de placer 78% de la Palestine se trouvant à l’Est du Jourdain sous administration arabe exclusive, y empêchant l’implantation juive.

La Déclaration Balfour, émise par le gouvernement britannique du temps de la guerre, se déclarait en faveur de la création d’un foyer national juif en Palestine- incorporé verbatim dans le Mandat sur la Palestine, qui reçut la confirmation de la Ligue des Nations en 1922- faisait une distinction essentielle entre les droits collectifs du peuple juif en Palestine et les droits individuels civils et religieux des résidents non-juifs du pays. Un point important était mis sur le fait que de tels droits, tant au niveau collectif qu’individuel, se devaient d’être honorés.

Suite à la Première Guerre Mondiale, de nombreux groupes ethniques se sont constitués en Etats. Cela n’a jamais été considéré comme antidémocratique que les Hongrois ou les Polonais, par exemple, aient le droit d’établir leurs nations pour concrétiser et maintenir leurs cultures particulières.

Tous les pays démocratiques ont des populations minoritaires. De tels pays ne considèrent pas devoir abandonner leurs identités ethniques nationales pour respecter les droits civils, de propriété et les autres droits humains fondamentaux de leurs citoyens minoritaires. La distinction entre des droits collectifs d’une majorité à posséder un foyer national et les droits individuels de tous les citoyens reste importante en Israël et dans toutes les démocraties basées sur l’ethnicité.

Ainsi, les démocraties varient dans le degré avec lequel leurs lois prennent en compte l’ethnicité. Leurs pratiques communes fournissent une réponse à notre question : ce n’est pas antidémocratique de la part d’Israël de protéger son statut d’Etat juif d’une façon semblable à celle utilisée par les Français, les Suisses, les Britanniques, les Allemands, les Italiens, les Lithuaniens, les Japonais et tous les autres qui défendent le statut de leurs pays en tant que foyers nationaux.

(Traduction: Ambassade d’Israël à Berne)



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